l'avant scène cinéma

La Bataille De Gaulle : J’écris ton nom

Deux parties à ce film important et donc deux critiques sur notre site. Et deux critiques qui apportent des visions un peu différentes. Vive l’éclectisme ! La cohérence des 5h16 de l’œuvre se confirme si on la prend globalement. Le personnage de De Gaulle est montré, et c’est la réalité historique, comme un électron libre, un olibrius qui prétend reprendre, cinq cents après, la bannière de Jeanne D’Arc. Sauf que l’olibrius a tout compris avant tout le monde, qu’il reprend vraiment cette bannière, et que son orgueil, sa suffisance même, son obstination, son idée fixe aboutissent à la libération de la France. L’aspect comique du personnage, assumé avec justesse par le scénario, et son excellent interprète, Simon Abkarian, tient à ce côté gugusse illuminé qui se révèle un héros absolu. Peu de grands personnages de l’Histoire présentent ce visage : rappelons-nous  à  quel point De Gaulle était lui-même doué d’un sens de l’humour exceptionnel. En témoigne de bout en bout le personnage de Churchill (Simon Russell Beale), les yeux ronds, bluffé par l’aplomb de la baderne inconnue qui se pointe à Londres en juin 40 et finit par rendre sa place à la France quand l’Axe est écrasé. Le deuxième élément du film, très réussi à nos yeux, est qu’il s’agit d’une épopée, de la chronique de temps héroïques. Les résistants, réels comme Bonnier de la Chapelle ou Jean Moulin, ou fictifs comme “Livia”, les Français Libres, comme Pleven ou Thierry D’Argenlieu, les militaires, Koenig ou Leclerc, incarnent cette épopée, et le film assume, à bon escient, la nuance “Lawrence d’Arabie” du récit, visuellement, politiquement, stylistiquement. Rien à redire sur la représentation des batailles à un contre cent, qu’elles soient celles de partisans isolés ou de soldats du désert. Le respect montré par le film à la place des républicains espagnols, qui entrèrent les premiers dans Paris en août 1944, est un bon exemple de cette fidélité consciente et politique. Enfin, la justesse du récit des vicissitudes politiciennes, diplomatiques, manœuvrières, entre De Gaulle et les grands de l’époque, entre Jean Moulin et les forces d’abord dispersées de la Résistance, emporte le film vers encore plus de subtilité. La passionnante et très complexe narration du rôle politique de Jean Moulin qu’on avait pu lire dans les mémoires de Daniel Cordier se retrouve ici à l’écran. Antonin Baudry nous paraît réussir un double exploit : un film populaire à grand spectacle (répétant pour le cinéma français la performance du Monte-Cristo de 2024) allié à un impeccable récit historique qui n’esquive aucune des contradictions politiques du temps qu’il dépeint. 

René Marx

Film français d’Antonin Baudry (2026), avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Anamaria Vartolomei, Félix Kysyl, Niels Schneider, Thierry Lhermitte. 2h37.

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