l'avant scène cinéma

André Is an Idiot

Le cinéma a la capacité à révéler des singularités cachées. Avec The Cruise (1998), Bennett Miller faisait découvrir un intellectuel haut en couleur, répandant sa faconde dans Manhattan, lors de visites touristiques en bus. Dans Peau de cochon (2005), Philippe Katerine dévoilait à la première personne sa personnalité hors normes. André is an idiot braque la lumière sur l’excentrique André Ricciardi, concepteur dans la publicité, à la mauvaise hygiène de vie, qui, un jour, découvre qu’il souffre d’un cancer du côlon à un stade avancé. Ce film suit ses derniers jours en faisant corps avec son extravagance. Il s’agit donc moins d’un travail de cinéaste que de créatif. Ce faisant, il se métamorphose au gré de ses fantaisies, passant du making-of à l’animation, d’entretiens avec l’entourage à des albums photos de souvenirs. Il évoque en cela la créativité débridée de Michel Gondry, avec tout de même moins de charme. Mais c’est aussi à une plongée oisive dans Internet auquel il renvoie. Sautant d’une forme à l’autre, les séquences s’enchaînent comme autant de fenêtres web, en étant toujours raccord avec l’arborescence de son héros. C’est donc sans surprise que l’IA vient faire son apparition à la fin, confirmant que c’est un long métrage bien de son temps, produisant sa matière à partir des mutations contemporaines. Dans tout cela, le pathos sirupeux ne trouve heureusement pas sa place, pour mieux rendre hommage à un anonyme dont la principale volonté aura été de ne pas mourir en vain : sa maladie a été le carburant imaginatif de sa dernière campagne publicitaire, sensibilisant le public à la coloscopie. 

Tancrède Delvolvé    

Film documentaire américain de Tony Benna (2026), avec André Ricciardi. 1h28.

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