l'avant scène cinéma

Junk World

En 2017, le premier long métrage de Takahide Hori, Junk Head, un film d’anticipation en stop-motion, était le résultat de sept années de travail solitaire. La fabrication des personnages (des poupées d’argile) et des décors, le tournage, le doublage, le montage, la musique, Hori assumait tous les postes, aidé secondairement par deux collaborateurs. Admiré par Guillermo Del Toro ou Terry Gilliam, Junk Head racontait l’expédition d’un cyborg aussi solitaire que son créateur dans les bas-fonds d’un monde dangereux, autour de l’an 10000… Poésie, mystère, bricolage, errance, Hori revivait les expériences de Méliès ou de Jan Svankmajer, tout en collant aux mythes immémoriaux d’Ulysse ou de Gilgamesh. Si son héros s’appelle Junk Head, c’est que son corps est reconstitué à partir de débris, de “junk”. Sa précarité renforce la suggestion sur le spectateur, renforce le côté aventureux mais aussi le côté brave soldat Schveik ou même Charlot d’un bonhomme affrontant tous les dangers, tous les monstres, dans un monde cauchemardesque et burlesque à la fois. Dans ce nouvel opus, censé se dérouler mille ans avant le premier film, Hori conserve le personnage original mais l’entoure d’une équipe nouvelle d’aventuriers, un personnage féminin central, un robot, des bons et des méchants sortis de son imagination fiévreuse. Il passe de la langue imaginaire de Junk Head au japonais, cette fois aidé de deux collaborateurs alors qu’il assumait toutes les voix en 2017. La logique du récit impose pratiquement de voir les deux films dans leur continuité. Hori annonce un troisième volet pour 2030, complétant ainsi l’invention d’un monde complètement inédit et totalement convaincant.

René Marx

Film d’animation japonais de Takahide Hori (2025). 1h45

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