Le titre français du nouveau film d’Almodóvar, qui a nécessairement été approuvé par le cinéaste, à force de proposer au spectateur le contenu strictement littéral du récit de ce film, parvient à une sorte d’ironie en miroir. Et donc c’est l’intention de l’artiste, et sa mise en œuvre, qui sont contenues à la fois dans la simplicité de ce mot Autofiction. On nous raconte l’histoire d’Elsa, dont on nous dit qu’elle se déroule en 2004. C’est une réalisatrice qui n’a fait que deux films sans être vraiment reconnue, qui s’est rabattue sur la publicité où elle gagne beaucoup d’argent. On insiste beaucoup sur ses douleurs physiques, sur une relation pas tout à fait passionnante avec un pompier stripteaseur. Avant de développer plus avant son histoire, on nous fait comprendre qu’elle est racontée par un cinéaste de 2026, Raúl, qui construit son scénario une fois que son assistante l’a planté après vingt ans de collaboration et de fidélité. Elsa comme Raúl pillent la vie de leurs proches pour fabriquer leurs narrations. Et, de façon assez surprenante, le film ne sera pas beaucoup plus compliqué que cela. Il faudra l’avoir vu dans son entier pour mieux sentir l’importance de cette nouvelle variation autour de thèmes déjà anciens dans l’œuvre du grand Manchego. Les récits en miroir, Cervantès chez lui et Diderot chez nous les pratiquaient déjà, l’intrication de l’ironie, de l’insolence, avec un sentimentalisme assumé, radical, bouleversant. L’évocation de plus en présente dans l’œuvre de la maladie, des atteintes du corps, de la vieillesse et de la mort. Les doutes sur la sincérité, la validité des amours et des amitiés. Une lucidité et une cruauté qui n’est jamais du cynisme. Et donc, sous l’apparente simplicité de cette Autofiction, Almodóvar atteint l’épure, le trait simple et décisif d’un cinéaste dont la puissance ne faiblit en rien avec le temps. Après la sublime complexité de Douleur et gloire (2019) et de Madres paralelas (2021), le cinéaste reprend sa proposition dépouillée de La Chambre d’à côté (2025), des femmes affrontant ensemble la douleur, le deuil, la fatalité, tout en renouant avec les heureuses ficelles du “film dans le film dans le film”. En tenant tout cela avec, façonné par cinquante ans d’expérience, un impeccable sens de l’harmonie.
René Marx
Amarga Navidad. Film espagnol de Pedro Almodóvar (2026), avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado. 1h51.