Il y a, dans The New West, quelque chose qui résiste. Une manière de filmer un territoire non pas comme une promesse, mais comme une fatigue, un lieu où les corps tiennent encore, malgré tout. Dans les Badlands du Dakota du Sud, Tabatha vit sur son ranch, au milieu des chevaux dans une précarité qui menace de tout faire basculer. Elle accueille des adolescentes en rupture, tente de leur transmettre un savoir, un rythme, une manière d’habiter le monde. À ses côtés, sa fille grandit dans cet espace à la fois rude et protecteur, jusqu’au jour où une offre de rachat du ranch vient fragiliser cet équilibre déjà instable. Kate Beecroft ne cherche pas tant à construire une intrigue qu’à capter une présence. Tabatha et sa fille ne jouent pas : elles sont là, dans une forme de mise à nu troublante, rejouant leur propre vie dans ce qui tient à la fois du documentaire et de la fiction. Le film se situe précisément dans cet entre-deux, dans cette zone trouble où le réel affleure sans cesse. De cette hybridation naît un cinéma profondément sensoriel. Les gestes comptent plus que les mots, les silences plus que les dialogues. Les chevaux deviennent un langage, un moyen de créer du lien, d’apaiser, de réparer. Dans la manière de les approcher, de les dresser, se dessine une tentative fragile de reconstruction, pour ces adolescentes comme pour Tabatha elle-même. Autour d’elles, le paysage semble usé, presque vidé de toute mythologie. L’Ouest n’est plus un espace de conquête mais un territoire abîmé, où il s’agit simplement de rester, de ne pas céder. Et c’est peut-être là que le film touche juste : dans cette attention portée à des existences qui cherchent moins à avancer qu’à tenir ensemble. The New West est un film de présence, fragile et sincère, qui capte quelque chose de rare : un lien, ténu, entre des êtres et un monde qui vacille.
Myriam Burloux
East of Wall. Film américain de Kate Beecroft (2026), avec Tabatha Zimiga, Porshia Zimiga, Scoot McNairy, Jennifer Ehle. 1h37.