l'avant scène cinéma

Marama 

C’est une évidence que bien des spectateurs peuvent observer : le film d’horreur est devenu, depuis des années, un genre hautement politique, où les frissons se mélangent à un message souvent lié à une revanche des damnés de la terre, situation qui remonte au moins au Zombie de Romero mais s’est accélérée ces dernières années. Ce premier film d’une cinéaste néozélandaise coche à ce niveau bien des cases. Au cœur du récit est une jeune femme d’origine aborigène qui répond à un mystérieux message sur les origines de sa famille, message qui l’amène jusqu’en Angleterre, face à un passé où se mêlent les tragédies familiales et les ravages du colonialisme. La majeure partie du récit se joue dans le huis clos d’une vieille demeure où la jeune femme est accueillie et finit par travailler comme professeure d’une enfant, alors que les recoins du domaine semblent tous cacher d’inavouables traumas qui refusent de mourir. Clairement, la cinéaste convoque les fantômes de l’horreur gothique et ceux du fameux Tour d’écrou de Henry James, à travers une imagerie qui confronte volontairement les tropes de l’horreur traditionnelle anglaise avec les visions d’une culture aborigène décimée. Cette belle idée, politiquement cohérente, n’empêche par le film de sacrifier visuellement à toutes les figures obligées d’une atmosphère feutrée qui en devient lassante à force de non-dit. Le dénouement est visible de très loin, et peu servi par un propos politique que l’on devine sincère, mais qui ne permet aucune subtilité, aucun recul, ou aucune vraie réflexion sur les horreurs évoquées. A force de passer à la moulinette du genre ses thématiques, l’auteure finit par les épuiser et les vider de sens, rentrant dans une simplification qui démontre que l’épouvante n’est peut-être plus le vecteur politique parfait que tant imaginent.

Pierre-Simon Gutman

Film néozélandais de Taratoa Stappard (2025), avec Ariāna Osborne, Toby Stephens, Umi Myers. 1h29. En salle.

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