A pied d’œuvre

Un photographe en mal d’inspiration décide de rompre avec ses proches pour vivre au jour le jour en pratiquant des activités qui le mettent en contact avec d’autres milieux sociaux et lui permettent de remettre en question sa propre place dans la société. De cette histoire vraie relatée par Franck Courtès dans un livre paru en 2023, Valérie Donzelli tire une étude de mœurs au masculin singulier qui a reçu un prix du scénario très justifié à la Mostra de Venise pour l’adaptation qu’elle en a tirée avec Gilles
Marchand. Une remise en question existentielle poignante qui repose sur un phénomène d’empathie saisissant, ce personnage humble et discret éprouvant des sentiments et des interrogations qui nous interpellent par leur cohérence. Avec face à lui des proches déroutés par sa décision qui tracent leur chemin comme si de rien n’était, le prenant au mieux pour un original en proie à un caprice, au pire pour un être asocial et dépressif.
Au-delà de son propos avec lequel n’importe qui peut entrer en résonance, À pied d’œuvre reflète la profonde incertitude de notre époque, mais aussi la solitude de l’individu face à un monde de plus en plus délicat à décrypter. Bastien Bouillon confère en outre un précieux supplément d’âme à ce personnage qui déroute son entourage par son refus des archétypes réducteurs. Son éditrice (Virginie Ledoyen) ne voit en lui qu’un écrivain en crise dont elle attend le livre qui changera tout, tandis que son père (André Marcon) le rappelle à la raison. Qu’on le taxe de rebelle ou de réfractaire, cet homme d’aujourd’hui manifeste un désir légitime et universel.
Jean-Philippe Guerand
Film français de Valérie Donzelli (2025), avec Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen 1h32.