l'avant scène cinéma

Une jeunesse indienne

Encore et toujours, la question du cinéma indien revient dans le cadre cannois. Mais quel cinéma ? Celui des films d’auteurs internationaux tels que All We Imagine As Light ? Celui de RRR, en ligne droite de Bollywood ? Le cinéaste d’Une jeunesse indienne, Neeraj Ghaywan, provient d’une lignée intermédiaire, en quelque sorte. Il est en effet un disciple et collaborateur d’Anurag Kashyap, l’auteur de Gangs of Wasseypur, seul metteur en scène du cinéma indien populaire reconnu à l’international. Le premier long métrage de Ghaywan est par ailleurs déjà passé par la case Cannes et Un Certain Regard, là où se retrouve Une jeunesse indienne, signe d’une régularité mais aussi d’une forme de plafonnement du cinéma indien. Le film en soi conte l’amitié entre deux jeunes gens qui voient en l’examen de la police l’opportunité d’acquérir respect et d’échapper à leurs conditions actuelles. Mais le jeu est naturellement pipé, et l’apprentissage de l’Inde moderne est le fil rouge qui guide cette histoire d’amitié et d’illusions bien évidemment brisées. La force du récit tient dans la capacité du cinéaste à arrimer à peu près tous les thèmes de la société actuelle de son pays, sans jamais déborder. Le COVID, la corruption, la montée des extrémismes et de l’intolérance religieuse, tout y passe mais Ghaywan parvient à regarder ces thèmes lourds à la hauteur du regard de ces deux jeunes gens. Une œuvre qui aurait pu être un pensum se dessine finalement comme un mélo larmoyant, image d’un cinéma indien qui cherche ici à se faire miroir des tourments du pays, mais sans sacrifier la flamboyance de son cinéma populaire. Un équilibre difficile, dans lequel se joue probablement le sort international de cette cinématographie.

Pierre-Simon Gutman

Homebound. Film Indien de Neeraj Ghaywan (2025), avec Ishaan Khatter, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoo. 2h02.

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