Un monde fragile et merveilleux

Devenu le champ de bataille expiatoire de ses voisins depuis un demi-siècle, le Liban est un pays martyr qui semble avoir tout enduré, comme ne cesse de nous le rappeler son cinéma dénué de sanglots et de lamentations. Du massacre de Sabra et Chatila en 1982 à l’explosion du port de Beyrouth en 2020, le carnage n’a pourtant jamais cessé d’ensanglanter cette terre. La particularité d’Un monde fragile et merveilleux est de positiver au fil d’une entreprise de résilience déterminée, là où l’affliction pourrait légitimement être de mise. Nino et Yasmina s’aiment depuis l’enfance, mais se perdent de vue pour mieux se retrouver, adultes, dans un pays où le pire n’est jamais exclu. Malgré son cadre pour le moins tragique, le premier film de Cyril Aris réussit à jouer sur la double corde
de l’optimisme et de la bienveillance. Comme si le simple fait de ne retenir du monde que ce qui prête à sourire et à faire battre le cœur plus fort permettait de reléguer ses aspects les plus négatifs au second plan. En prenant pour cadre une terre en proie à tous les malheurs dont les habitants se sont résignés à leur sort en gardant la tête haute et une foi irrationnelle en l’humanité, cette comédie sentimentale s’accroche à ses deux personnages malgré le monde qui s’effondre autour d’eux. Aussi fou que cela puisse paraître, il transpose le feelgood movie dans un contexte qui lui est a priori peu favorable et met en scène un couple que rapproche son apprentissage heurté de la vie dans un pays en guerre. Avec cette idée lancinante que l’amour reste plus fort que la mort. Une
belle leçon de vie.
Jean-Philippe Guerand
Nujum al’amal w al’alam. Film libano-américano-germano-saoudo-qatarien de Cyril Aris (2025), avec Mounia Akl, Hassan Akil, Julia Kassar. 1h50.