The Mastermind

Inlassable arpenteuse de la psyché américaine, Kelly Reichardt poursuit sa route avec une rectitude exemplaire, investissant çà et là des genres qu’on croyait immuables. Tel est le cas de The Mastermind, un hommage assumé au Nouvel Hollywood et à sa relecture du polar traditionnel façon Nous sommes tous des voleurs (1974) de Robert Altman qui prend pour prétexte le vol de quatre tableaux perpétré en 1970 dans un musée du Massachussetts par des autochtones que rien ne semblait prédestiner à
commettre ce forfait pourtant dûment préparé. Fidèle à sa manière, la cinéaste s’attache moins au forfait proprement dit, inspiré de faits authentiques, qu’à la personnalité de ces cambrioleurs auxquels vont s’intéresser non seulement la police mais aussi le FBI en quête du cerveau de l’opération (le fameux Mastermind). L’occasion pour Kelly Reichardt de reconstituer l’atmosphère de l’Amérique post-soixante-huitarde en ébullition contre la guerre du Vietnam, mais aussi de décrire cette époque dans le miroir de la nôtre, ainsi que l’a fait récemment Paul Schrader dans Oh, Canada. Elle choisit à cet effet des anti-héros comme elle les affectionne, à l’instar du père de famille au chômage campé par Josh O’Connor, décidément jamais aussi à son aise que dans les personnages un peu décalés, mais aussi d’Alana Haim, la révélation de Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson, John Magaro qu’elle dirige pour la troisième fois et Hope Davis.
Ce film dénué d’effets tapageurs est aussi imprégné de la fascination pour l’art de la réalisatrice qu’elle avait déjà exprimée dans son opus précédent, Showing Up.
Jean-Philippe Guerand
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Film américain de Kelly Reichardt (2025), avec Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro 1h50.