Caméra d’or 1989 pour Mon vingtième siècle, la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi voue une affection particulière aux sujets les plus singuliers. Dans Corps et âme, Ours d’or à la Berlinale 2017, elle faisait se rencontrer deux personnages dans leurs rêves. Aujourd’hui, elle choisit pour personnage principal un arbre imposant qui noue d’étranges relations avec plusieurs générations d’humains. Ce témoin silencieux est prétexte à un voyage intérieur spirituel envoûtant qui nous donne à percevoir le cœur qui bat sous l’écorce après avoir suscité pendant la période post-soixante-huitarde une prise en compte très sérieuse du fameux pouvoir des plantes. La réalisatrice joue ici sur deux tableaux simultanément, la science et la poésie, pour mettre en évidence l’influence de ce ginkgo biloba sur les êtres humains qui lui prêtent attention, en l’occurrence, une jeune femme de 1908, une écolo des années 70 et un scientifique qui scrute sa vie intérieure à l’aide d’instruments de mesure sophistiqués reconvertis en véritables moyens de communication. Par sa durée (deux heures et demie) et son rythme apaisant, Silent Friend se présente comme une invitation à un voyage intérieur riche en surprises. C’est un film qui va à l’encontre du cinéma traditionnel par son refus délibéré du bruit et de la fureur. Un voyage en douce à travers le temps où la sagesse émane d’un vieil arbre auquel sa longévité vaut un statut de témoin privilégié, avec pour partenaires le Chinois Tony Leung Chiu-wai, la Française Léa Seydoux et la comédienne suisse Luna Wedler, prix Marcello Mastroianni à la Mostra de Venise.
Jean-Philippe Guerand
Film germano-hongro-franco-chinois d’Ildikó Enyedi (2025), avec Tony Leung Chiu-wai, Léa Seydoux, Luna Wedler. 2h27.