l'avant scène cinéma

Sauvage

Il y a douze ans, Cédric Kahn nous offrait La Vie sauvage, adapté d’un fait divers qui avait défrayé la chronique, autour d’un père de famille qui avait pris le maquis avec ses deux fils (pendant onze ans !) afin d’échapper à des contraintes sociales qu’il jugeait trop brutales. Sauvage, le premier film de Camille Ponsin, une cinéaste issue du documentaire (cela se voit) est également basé sur une histoire vraie. On remarquera au passage que c’est la même Céline Sallette qui incarne la mère, dont les tentatives de concilier le respect de la loi et l’équilibre de sa progéniture font long feu. Car Sauvage est avant tout le portrait d’une adolescente totalement asociale, qui vit dans la forêt, parvenant à se nourrir en pratiquant des chapardages. Le film se déroule dans les Cévennes, une terre âpre et sauvage qui de tous temps a séduit les marginaux. Les parents de la jeune ado désocialisée tentent d’ailleurs de leur côté de vivre selon leurs propres règles, sur un modèle économique à l’écart des codes dominants. Mais leur refus du système est clairement le fruit d’un choix idéologique, veillant à ne pas franchir le point de non-retour qui mettrait leur mode de vie en péril. Rien de tel chez la gamine, pour qui le repliement sur soi est constitutif de son être. C’est notre incapacité à cerner sa logique et encore moins à envisager une solution rationnelle qui la raccorderait au monde qui de fait donne toute sa profondeur au film et lui procure une insondable (et troublante) part de mystère. 

Yves Alion

Film français de Camille Ponsin (2026), avec Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin. 1h41.

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