l'avant scène cinéma

Résurrection

Résurrection

La séquence d’ouverture est ce que l’on a vu de plus beau, et de loin, de tout ce Festival de Cannes : un hommage aux premiers temps du cinéma, dans des décors somptueux faits de toiles peintes et de carton-pâte fantasmagorique.

Une femme (magistralement interprétée par la trop rare comédienne Shu Qi, qu’accompagne partout un évident parfum de mystère) part à la recherche d’un homme qui se consume dans le rêve.

Elle le sauve, et entre dans ses songes, qui revisitent un siècle de cinéma comme d’histoire chinoise. On se laisse alors porter par des récits étranges aux atmosphères envoûtantes et vaporeuses qui fourmillent, à chaque plan, d’idées visuelles. Ici, c’est un labyrinthique jeu de miroirs et de reflets, façon La Dame de Shanghai, qui convoque les ombres du film noir.

Là, des bouddhas de pierre implosent dans un temple abandonné au milieu de la neige, réveillant les esprits, et c’est la révolution culturelle qui refait surface.

Plus loin, Bi Gan renoue avec sa passion pour le plan-séquence spectaculaire, dans le segment le plus contemporain du récit, baigné de lumière rouge et de fureur de vivre. D’un bout à l’autre, c’est une splendeur formelle, une odyssée hypnotique qui réaffirme dans un même mouvement la nécessité de l’imaginaire et du rêve (par opposition à une société basée sur le productivisme et le matérialisme) et la puissance du cinéma, qui accompagne sans relâche les soubresauts de l’histoire humaine, et contribue à lui donner sinon du sens, du moins une raison d’espérer.


Marie-Pauline Mollaret
Kuang ye shi dai. Film chinois de Bi Gan, avec Shu Qi, Yee Jackson, Chao Mark, Li
Gengxi, Huang Jue. 2h40

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