l'avant scène cinéma

Promis le ciel

Promis le ciel

Après le succès de Sous les Figuiers, le deuxième long métrage d’Erige Sehiri témoigne de la montée en puissance de la metteuse en scène en s’affichant en ouverture du Un Certain Regard cannois. Que devient donc le regard, justement, et l’approche de la cinéaste, loin de l’unité de temps et d’action de sa première œuvre, unité qui lui donnait sa cohérence, voire sa pertinence ? Le canevas est ici
plus ample et Sehiri semble parfois perdre pied entre plusieurs pistes, personnages ou blocs qui tentent de s’associer un peu au forceps. Il était donc une fois, à Tunis, une femme pasteure face à des dilemmes moraux difficiles, une étudiante se croyant protégée, une petite fille réfugiée subitement orpheline, tous ces destins étant reliés par le thème de l’immigration clandestine et de sa répression, parfois foncièrement injuste et arbitraire. La réalisatrice livre donc un objet un peu plus abstrait, malgré son approche toujours ancrée dans les enquêtes et le réel. Mais, ici, une thématique plus politique, et donc un peu plus programmée, se plaque aussi sur le vécu et les errances de ces vies entremêlées.


La cinéaste observe un peu moins le quotidien du travail de ses protagonistes (ce qui est étonnant pour, par exemple le personnage fascinant de la pasteure), et perd ainsi une partie de l’équilibre de son premier long, Sehiri retrouve néanmoins largement la grâce lors d’un final sombre, dur, qui ne plaira pas nécessairement, mais qui a l’immense mérite de retrouver le mystère cru d’existences percutées par des choix impossibles, loin de tout jugement, de toute simplification morale commode ou rassurante.


Pierre-Simon Gutman
Film franco-tunisien de Érige Sehiri (2025), avec Aissa Maiga, Laetitia J’y, Debora Lobe Naney. 1h35

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