Projet dernière chance

Un homme hirsute émerge du coma artificiel dans lequel il a été plongé, à bord d’un vaisseau spatial à la dérive dans lequel il est seul. Il recouvre peu à peu ses esprits et entrevoit les raisons de sa présence dans ce qu’il estime être la banlieue lointaine de Jupiter. Il y remarque bientôt la présence d’une sorte de caillou bizarre qui paraît s’adresser à lui en agitant ce qui ressemble à des membres. Une sorte de créature extra-terrestre avec laquelle il entreprend de nouer des liens en mettant à profit des ressources scientifiques insoupçonnées en guise de système D de substitution. Une complicité s’établit peu à peu grâce à la technologie que le Terrien applique à son visiteur sans visage, notamment en traduisant en mots son langage et ses sentiments et en testant diverses voix de
synthèse pour les exprimer, dont celle de… Meryl Streep. Les réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller émergent de leur zone de confort (très relative !) pour contribuer à un film de science-fiction où ils ont la charge redoutable de donner vie à un extra-terrestre rocailleux, face à un professeur recruté malgré lui comme astronaute pour cette mission à laquelle rien ne l’a prédisposé, sinon
des compétences scientifiques hors du commun et une capacité à rêver peu
répandue dans ce milieu.
Projet dernière chance emprunte aux plus grands classiques du cinéma de SF, de 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968) à Alien (1980), en passant par Interstellar (2014) et Ad Astra (2019), avec une douceur toutefois inhabituelle. La greffe de l’univers des créateurs de Tempête de boulettes géantes et de La Grande Aventure Lego fonctionne parfaitement et représente une authentique revanche
pour le tandem évincé en 2017 pour “divergences créatives” de Solo : A Star Wars Story. Le tour de force est d’autant plus remarquable que le scénario se présente comme une transposition spatiale de Robinson Crusoë qui repose sur la confrontation de l’astronaute solitaire campé par Ryan Gosling avec ce Vendredi baptisé Rocky dont l’amoureuse se prénomme comme il se doit… Adrian. Le tout ponctué de quelques flashbacks destinés à expliquer comment on a bien pu en arriver là, dans lesquels la comédienne allemande Sandra Hüller incarne une patronne de mission droite dans ses bottes, alors que l’apocalypse menace… Le cœur du film reste toutefois concentré sur la relation qui s’établit entre le Terrien en perdition et son visiteur d’un autre monde trop heureux de trouver un compagnon de jeu aussi accueillant. Malgré quelques ingrédients en commun, le propos du film diverge profondément de la noirceur des classiques de la science- fiction dans lesquels l’optimisme est rarement de mise. Embarqué dans cette odyssée qui n’a plus vraiment de raison d’être dès lors que tout contact avec la
Terre est coupé, le miraculé substitue aux impératifs de sa mission son instinct de survie en profitant de tous les instants de sa cohabitation avec son nouvel ami. Dommage toutefois que le montage ne soit pas plus rigoureux. Ces deux heures et demie frisent parfois purement et simplement la complaisance.
Jean-Philippe Guerand
Project Hail Mary. Film américain de Phil Lord et Christopher Miller (2026), avec
Ryan Gosling, Sandra Hüller, Milana Vayntrub. 2h36.