l'avant scène cinéma

Pour Klára

Klara, 17 ans, part en vacances avec son père et son frère. Très vite, quelque chose se dessine : autour des repas, une tension sourde s’installe. Klara mange peu, ou difficilement. Le geste semble lui coûter, comme s’il fallait lutter contre quelque chose d’invisible. La rencontre avec Denis, un jeune garçon du coin, vient alors ouvrir une brèche. Peu à peu, Klara paraît se réanimer, retrouver un élan, un rapport plus apaisé à son corps. Elle mange, elle sourit, elle semble plus légère. Mais cet équilibre reste fragile. Et il suffit d’un événement pour que tout vacille à nouveau. Chez Olmo Omerzu, le trouble va s’installer progressivement, créant une charge lourde, s’exprimant par des détails. L’anorexie de Klára n’est jamais expliquée, elle se montre, elle se vit. On ne sait pas ce qui la mène à se torturer ainsi, une prise de contrôle sur son corps, peut-être, une manière de disparaître. À un moment, le film semble vouloir changer de ton, glisser vers une zone plus sombre, presque celle du thriller. Un événement surgit, qui pourrait faire bifurquer le récit, lui donner une autre direction. Mais ce basculement reste en suspens, comme si le film refusait de s’y abandonner pleinement. Il ne quitte jamais vraiment Klára. Ce flottement participe pleinement du trouble qui le traverse. Car rien ne se stabilise. Lorsque la famille rentre, que Klára est hospitalisée, le film change encore de forme. Une sensation étrange apparaît alors, plus diffuse, plus insidieuse.  Ainsi, se déploie un malaise persistant, reposant non sur un seul élément, mais sur une accumulation de désajustements. Rien n’explose vraiment, et pourtant tout vacille. Comme si le monde autour de Klára adoptait peu à peu la même instabilité que son corps. Le film s’achève comme il a avancé : sans certitude. Une accalmie semble possible, mais elle reste fragile, suspendue. Et dans cet espace incertain, une inquiétude sourde persiste, qui ne s’éteint pas.

Myriam Burloux

Nevděčné bytosti. Film slovéno-franco-tchéco-polono-croate d’Olmo Omerzu (2025), avec Barry Ward, Dexter Franc, Antonín Chmela, Barbora Bobulova. 1h50.

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