l'avant scène cinéma

Pillion

Pillion

Ce premier long métrage de Harry Lighton élève en art la science subtile du contre casting. Tout le principe de l’œuvre repose sur la transformation de Harry Melling, interprète connu du monde entier pour son le “bully” Dursey dans la franchise Harry Potter, en un être pétri de gentillesse et, plus encore, enclin à la soumission totale, sexuelle et sentimentale, dans ses rapports amoureux. Sa rencontre avec un biker nécessairement sexy (Alexander Skarsgard), viril et dominateur, démarre le récit en décrivant par le menu le détail de cette romance BDSM. Si le film déploie ensuite plusieurs scènes sexuelles fort graphiques qui pourraient choquer certaines âmes pudibondes, la provocation n’est en fait que très superficiellement effleurée. Et, presque au contraire, le récit entier se joue dans une forme de classicisme romantique, rendu possible par le manque total de jugement que porte le cinéaste sur la relation dominant/dominé consentie et choisie en toute connaissance par les deux protagonistes.


A partir de là, le vrai sujet se dévoile comme l’un des plus vieux au monde. Le jeune homme amoureux regarde l’objet infiniment séduisant de sa passion et s’interroge sans relâche, jusqu’à l’obsession : est-il aimé en retour ? Quelles sont les véritables intentions de cet homme qui semble mettre un point d’honneur à rester dans l’opacité sur la nature de leur histoire ? Finalement, dans un schéma romanesque connu, c’est lorsqu’il semble afin avoir son aimé que celui-ci se dérobe en fait totalement, concluant cette romance faussement provocatrice. La mélancolie n’est pas désespérée : l’amoureux
a appris ce qu’il est, ce qu’il aime, et est prêt à aimer à nouveau. Une vraie carte rose du tendre, derrière le cuir et les motos.

Piere-Simon Gutman
Film anglais de Harry Lighton (2025), avec Harry Melling, Alexander Skarsgard, Brian Martin. 1h47.

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