Nuremberg

Deux écueils guettaient Nuremberg, qui relate le célèbre procès ayant débouché sur la pendaison de plusieurs dignitaires nazis de premier plan. Le premier était de ne pas arriver à égaler Jugement à Nuremberg (Stanley Kramer, 1961). Or celui-ci traite du jugement de quatre juges nazis et non pas de Goering ou de Hess. Ce n’est donc pas le même sujet. Le second péril était d’en faire trop et de
ressembler à ces biopics à rallonge faits pour la télé sans véritable point de vue.
Le film de James Vanderbilt échappe à ces chausse-trapes et se révèle absolument passionnant. Il parvient à la fois à être un reflet fidèle de la grande Histoire, au moment où l’Allemagne met genou à terre, tout en répondant à plusieurs questions que le spectateur ne s’était pas nécessairement posées. Quel était le cadre légal et géopolitique de ce procès ? Le risque de voir les nazis profiter de la tribune qui leur était offerte était-il nul ? Mais aussi qui étaient les accusés, hors de leur image d’hommes d’Etat (dévoyés) ? Le film braque l’objectif sur la relation entre Goering (Russell Crowe) et le psy que l’armée américaine lui a attribué. C’est par les yeux de ce dernier que nous voyons le monde, et tout comme lui nous avons même de l’empathie pour le prisonnier, très manipulateur (qu’il ne faut pas considérer comme une brute épaisse incapable de subtilité). Jusqu’au moment où, eu milieu du procès sont diffusées des images (d’archives) de la libération des camps, quand les corps des déportés suppliciés sont poussés vers la fosse commune avec un bulldozer… Les véritables enjeux
nous claquent alors à la figure. Le film est long, mais il est passionnant, intense, suffocant. Nous y laissons des plumes. Comme le psy, qui, le générique nous l’apprend, ne s’en est, lui, jamais remis.
Yves Alion
Film américain de James Vanderbilt (2025), avec Russell Crowe, Rami Malek, Richard E. Grant, Leo Woodall. 2h28.