Mektoub my love: canto due

La destinée d’Abdellatif Kechiche est pour le moins singulière. Palme d’or 2013 pour La Vie d’Adèle, il décroche les César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario pour L’esquive en 2005, puis La graine et le mulet en 2008. Il entreprend en 2017 la trilogie Mektoub, My Love avec Canto uno, et provoque un scandale sur La Croisette deux ans plus tard avec Mektoub, My Love, Intermezzo dont la non-sortie semble sonner le glas de sa carrière. Et puis, en août dernier, il présente à Locarno Mektoub, My Love : canto due.
Sous le soleil de Sète en 1994, on retrouve Amin qui abandonne ses études de médecine pour tenter sa chance dans le cinéma, tandis que sa copine Ophélie hésite entre son fiancé parti en Irak et l’amant dont elle est enceinte. La comédie de mœurs permet au metteur en scène de renouer avec ses automatismes sans dérapage ni voyeurisme, en confirmant son incroyable virtuosité lorsqu’il s’agit de saisir les petits riens du quotidien et d’écouter battre les cœurs. Il s’impose en cela comme un héritier de Cassavetes par sa façon de faire durer les plans et d’isoler des instants de vérité au beau milieu d’une scène.
Kechiche s’accroche à ce que ses confrères abandonnent sur la table de montage au profit de ces moments de vérité qui s’épanouissent à partir de ce qui était écrit. De la montagne de rushes tournée en 2016 est né un film qui sonne juste comme la vie. Une chronique sentimentale dont l’anti-héros est un observateur passif qui charme par sa légèreté et sa fraîcheur en remettant sur les rails l’un des plus grands cinéastes français de son temps.
Jean-Philippe Guerand
Film français d’Abdellatif Kechiche (2025), avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau,
Jessica Pennington, Salim Kechiouche. 2h14.