Marcel et Monsieur Pagnol

Quinze ans après L’Illusioniste, basé sur un scénario inédit de Jacques Tati,
Sylvain Chomet met en lumière un autre géant du cinéma français : Marcel Pagnol.
Ce Marcel et Monsieur Pagnol se présente comme un troublant biopic du
susnommé.
Les grandes étapes de la vie de ce fils d’instituteur qui devient un dramaturge à succès avant de devenir un cinéaste de renom (qui a l’instar de Chaplin, réussit avant-guerre de tenir en main toute la chaîne du cinéma, depuis le studio jusqu’à l’exploitation) sont retracées avec pédagogie.
Mais jamais de façon sentencieuse ou scolaire. Le point de vue de départ est d’ailleurs de faire dialoguer le vieux Pagnol, alors dans un moment de désarroi profond (il vient de perdre sa fille bien-aimée, ses films ne se financent qu’avec difficulté) et celui qu’il était enfant, quand l’arrière-pays provençal sentait si bon le thym et le romarin et que la vie lui souriait à pleine dents.
Le temps défilant, les films du signataire de La Femme du boulanger viennent éclore à l’écran, sous la forme de scènes originelles en prise de vue réelle, qui s’intercalent harmonieusement avec les dessins de Chomet.
Au bout du compte l’émotion nous étreint, ce qui n’est pas toujours évident en matière d’animation. Mais le film possède une grâce, une dynamique, une fluidité qui ajoutent beaucoup à son charme, ce dont nous n’avons jamais douté de la part du talentueux signataire des Triplettes de Belleville.
Aux côtés de Nouvelle vague et de Moi qui t’aimais (qui revient sur la relation
compliquée de Montand et Signoret), Marcel et Monsieur Pagnol prouve que Cannes aime que le cinéma parle de cinéma.
Yves Alion
Film franco-belgo-luxembourgeois d’animation de Sylvain Chomet, avec les voix
de Laurent Lafitte et Géraldine Pailhas. 1h30.