l'avant scène cinéma

Maigret et le mort amoureux

Maigret et le mort amoureux

L’affiche de Maigret et le mort amoureux, le petit dernier de Pascal Bonitzer, partage avec celles de Cherchez Hortense ou du Tableau volé (et d’autres) d’être dessinée, dans le style de la BD franco-belge (celle de la ligne claire) de la grande époque. Bonitzer est visiblement un admirateur de Floch, une gourmandise que le cinéaste partage avec Resnais. Sans doute une façon de nous indiquer (entre autres) que nous sommes bien dans la représentation et que le réalisme est le cadet de ses soucis. Et de fait ce Maigret est construit sur une montagne de conventions, et cela nous ravit. Il est vrai que le personnage-clé de Simenon a été dépeint par le cinéma (et plus encore par la télévision) sous toutes
les coutures. La dernière fois, c’était par Patrice Leconte (Maigret, 2022), avec Depardieu dans la peau du commissaire. Une incarnation hors du temps… Le Maigret de Bonitzer est davantage ancré dans son temps, celui du début de ce siècle. De fait c’est bien le mot anachronisme qui nous vient aux lèvres. Le personnage porte un chapeau, il fume la pipe (en extérieur, pour ne pas circonvenir à la loi), il se refuse à posséder un téléphone portable, etc. C’est un Denis Podalydès qui succède ici, dans la peau du héros de Simenon à Jean Gabin, Pierre Renoir ou Michel Simon (entre autres). Un Maigret moins massif, mais malin et opiniâtre. Qui continue à scruter l’âme de ceux qu’il interroge plutôt que
de se fier aux techniques modernes. Il faut dire que la victime du meurtre sur lequel il enquête, tout comme ceux qui l’entouraient, parfois suspects, sont également d’un autre temps, ils sont de la haute, comme l’on disait. Mais tout le sel du film repose sur ce délicieux déséquilibre. Chaque scène est plus
savoureuse que la précédente, chaque personnage plus délectable encore. La fantaisie règne. Et pourtant le film est empreint d’une évidente mélancolie, voire de noirceur, l’âme humaine n’étant décidemment pas recommandable. Et cela, ce n’est pas anachronique…

Yves Alion
Film français de Pascal Bonitzer (2025), avec Denis Podalydes, Anne Alvaro, Irène Jacob. 1h20.

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