Au cours de la Renaissance, une aristocrate promise à son oncle est victime d’une agression sexuelle de la part d’un homme d’équipage au cours de sa traversée vers le Nouveau Monde. Enceinte de son violeur, elle se retrouve abandonnée avec lui et une servante sur une île déserte et doit dès lors faire face à la fois aux éléments, à une nature hostile et à la cohabitation avec ses compagnons d’infortune. Le troisième long métrage du réalisateur belge Micha Wald est un survival en costumes qui brasse des thèmes universels, dont le poids du patriarcat et la condition féminine, dans un contexte où les repères traditionnels deviennent caducs. Son personnage principal échappe à un mariage arrangé et consanguin en raison d’un viol. Il convient de saluer ici la présence de Salomé Dewaels, vue récemment dans Nino et Louise, qui trouve ici son rôle le plus significatif à ce jour. En circonscrivant ses trois protagonistes dans un espace coupé du monde et hors du temps, le cinéaste se livre à une relecture des conventions sociales de l’époque où les anachronismes n’en sont plus vraiment tout à fait. On pourra interpréter cette histoire comme une parabole audacieuse. Elle confirme en tout cas l’ambition peu commune d’un cinéaste dont l’ambition crevait l’écran dès son premier long métrage, Voleurs de chevaux (2007), une histoire de cosaques située en 1810. Il tente cette fois un numéro de haute voltige en appliquant à la condition féminine un regard volontairement décalé mais plutôt moderne. C’est même ce qui confère son intérêt à ce film dont l’ambition s’inscrit dans un cadre rigoureux.
Jean-Philippe Guerand
Film belgo-français de Micha Wald (2025), avec Salomé Dewaels, Louis Peres, Candice Bouchet 1h41.