L’Engloutie

Prix Jean Vigo cette année pour ce premier long métrage de fiction, Louise Hémon, documentariste expérimentée, reprend la mémoire de son aïeule du début du XX° siècle, jeune institutrice idéaliste dans un hameau perdu des Hautes-Alpes. Cette communauté minuscule proche de Briançon, qui parle français et occitan, résiste aux injonctions rationalistes de la jeune femme. Très
jeune, troublée dans ses désirs, confrontée à la magie imprévue d’un monde qu’elle comprend mal, la citadine traverse les saisons et les événements au même rythme que le spectateur. Louise Hémon, à 2000 mètres d’altitude, filme à la fois la lumière éblouissante de la neige et les intérieurs confinés éclairés à la chandelle. Bien que résolue au réalisme historique, elle laisse l’étrangeté envahir son récit, et, profitablement, l’inexplicable survenir.
Image, son, jeu des comédien(ne)s, tout est mis au service de son souci d’introduire le mystère dans l’évocation authentique d’un monde disparu. Le cinéma, depuis longtemps, réinvente une ruralité perdue. René Allio, en France il y a cinquante ans, ou, en Italie, les frères Taviani (Padre Padrone en 1977) et Ermanno Olmi (L’Arbre aux sabots en 1978) hier jusqu’à Laura Samani (Piccolo Corpo en 2021) : ce jeu entre le présent et les temps révolus témoigne d’une aspiration décisive de nos sociétés globalisées.
René Marx
Film français de Louise Hémon (2025), avec Galatea Bellugi, Samuel Kircher, Mathieu Lucci. 1h38.