l'avant scène cinéma

Le Testament d’Ann Lee

Le Testament d’Ann Lee

La scénariste de The Brutalist passe à la réalisation avec un premier film d’une ambition peu commune. Elle y relate la naissance, dans l’Amérique des pionniers, des Shakers, une obédience protestante dérivée des Quakers qui se caractérise par une sorte de danse de Saint-Guy au cours de laquelle ses membres agitent la tête frénétiquement. Avec à sa tête Ann Lee, une prophétesse aussi visionnaire que charismatique qu’interprète Amanda Seyfried, décidément à un tournant déterminant de sa carrière après son rôle de harpie bipolaire dans La Femme de ménage. Une despote éclairée sinon illuminée qui
règne sur ses disciples d’une main de fer dans un gant de velours parfois hérissé d’épines et constitue en cela une authentique pionnière de ce qu’on n’appelait évidemment pas encore le féminisme. La mise en scène se révèle ici à la démesure de son sujet. Sous couvert de décrire cette communauté qui prônait l’égalité des sexes et la justice sociale, dans l’esprit des camisards des Cévennes, le film emprunte volontiers des sentiers de traverse en s’attardant notamment sur la transe collective de ces fidèles en se livrant à quelques numéros de comédie musicale qui brisent toute solennité. Jusqu’au générique de fin qui recense les ultimes adeptes à ce jour de cette religion annihilée par une impitoyable chasse aux sorcières. La révélation fascinante et nécessaire d’une intolérance oubliée. Mona Fastvold circonscrit d’emblée son territoire en abordant un sujet oublié et l’intolérance qu’il a pu susciter, pour une bonne part au nom du patriarcat alors tout puissant. Son constat est édifiant.

Jean-Philippe Guerand
The Testament Of Ann Lee Film britanno-américain de Mona Fastvold (2025), avec Amanda Seyfried, Lewis Pullman, Tim Blake Nelson 2h10.

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