Le Studio photo de Nankin

Longtemps éclipsé par la Seconde Guerre mondiale, qui le suivra de peu, le sac de Nankin perpétré par l’armée impériale japonaise au cours de l’hiver 1937 contre son voisin chinois n’a été que rarement évoqué au cinéma qui peinait à en mesurer les enjeux et surtout à en analyser les conséquences, sinon dans quelques films chinois comme Sacrifices of War (2011) de Zhang Yimou. Les Démons à ma porte
(2000) de Jiang Wen, mais aussi John Rabe, le juste de Nankin (2009) de Florian Gallenberger. Le film d’Ao Shen raconte ces exactions d’un point de vue qui lui confère une puissance d’évocation hors du commun.
Ses protagonistes ont trouvé refuge dans une officine photographique locale où ils vont se trouver confrontés à une responsabilité inattendue : témoigner aux yeux de la postérité. Au-delà de son caractère romanesque, Le Studio photo de Nankin propose un regard original sur ces événements assez peu connus en Europe. Cette officine transformée en abri davantage qu’en poche de résistance devient l’épicentre d’un huis clos d’autant plus intéressant sur le plan dramaturgique que ses occupants y jouissent d’une protection précaire en échange de la promesse de développer et de tirer
les photos que les Japonais prennent de leurs faits d’armes et de leurs exactions. Quitte à offrir à la postérité des pièces à conviction accablantes lorsque les responsables de ce massacre passeront en jugement entre 1946 et 1948 dans le procès de Tokyo, l’équivalent asiatique de Nuremberg. Ce film
souvent brillant s’avère captivant par la réflexion qu’il propose incidemment sur le poids de l’image en tant que reflet du réel.
Jean-Philippe Guerand
Nanjing Zhao Xiang Guan. Film chinois d’Ao Shen (2025), avec Liu Haoran, Xiao
Wang, Ye Gao, Harashima Daichi. 2h17.