L’Affaire Bojarski

André Gide leur avait consacré un roman, aux faux monnayeurs. Et le cinéma n’a pas été en reste. Gabin ne s’est pas privé par exemple, qui a donné dans le faux talbin à au moins deux reprises, dans Le cave se rebiffe puis dans Le Jardinier d’Argenteuil. Deux occasions en or pour Audiard et Boudard de donner libre cours à leur verve. Et pour le spectateur de prendre les choses à la rigolade. Avec L’Affaire Bojarski, on ne rigole plus, ce n’est pas du tout la même approche. Car c’est une histoire vraie que raconte Jean-Paul Salomé, qui ne prend pas partie. Ou alors en filigrane, pour suggérer que si son héros n’avait pas été immigré, il n’aurait peut-être pas en besoin de tourner malhonnête pour nourrir sa famille. Parce que Bojarski n’est pas un roi de la pègre, c’est un artiste.
Qui exploite son talent, celui de savoir falsifier avec maestria tous les billets qui lui passent à portée de la main. Un artiste, on l’a dit. Doublé d’un homme on ne peut plus rigoureux, prudent, qui ne tient pas à se faire pincer… Le film de Salomé est à son image, rigoureux, prudent, avec un Reda Kateb épatant dans le rôle principal, d’autant plus impressionnant que justement il n’a de cesse de se faire couleur muraille, puisque c’est la condition de sa réussite. Le cinéaste, qui avait déjà exploré les années d’occupation avec Les Femmes de l’ombre se régale visiblement à recréer des décors, des expressions, des attitudes, des vêtements qui peu à peu ont été engloutis par l’Histoire (le récit débute à la fin de la dernière guerre, l’épilogue n’intervient qu’au mitan des sixties). Les billets sont faux, mais la réussite du film est réelle.
Yves Alion
Film français de Jean-Paul Salomé (2025), avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin. 2h08.