La Petite Dernière

Comédienne prodigieuse révélée par le sulfureux Abdellatif Kechiche, Hafsia Herzi s’est clairement détachée de son mentor en tant que réalisatrice, avec Tu mérites un amour (2019), puis Bonne Mère (2021). Elle poursuit aujourd’hui sa route sur le registre de la chronique intimiste en portant à l’écran un récit autobiographique de Fatima Daas.
La Petite Dernière confronte une discrète banlieusarde d’origine maghrébine à des désirs incompatibles avec la tradition musulmane. La particularité du film est d’éviter toute confrontation ouverte au profit du dilemme intérieur qui ronge cette amoureuse mal à l’aise avec son corps comme avec sa libido dont il est hors de question qu’elle fasse part à quiconque de son entourage, sous peine d’être jugée voire de soumettre ses états d’âme au regard des autres.
Au point qu’elle ne maîtrise aucun des codes en vigueur parmi la communauté homosexuelle et se comporte avec une certaine maladresse face à des partenaires rompues à ces pratiques étrangères à son milieu qui vont l’initier tout en l’apprivoisant et en l’aidant à surmonter ses blocages, au moment même où elle devient étudiante en philosophie. Un rôle d’une infinie complexité qu’Hafsia Herzi a choisi de confier à une inconnue abordée dans la rue.
Une réussite qui a valu à Nadia Melliti un prix d’interprétation féminine à Cannes pour ses débuts à l’écran dans ce personnage aux réactions parfois déroutantes parce qu’encore en devenir. Comme son apparition dans La Graine et le Mulet avait gratifié Hafsia Herzi du César du meilleur espoir féminin. Il y a des signes qui ne trompent pas…
Jean-Philippe Guerand
Film franco-allemand de Hafsia Herzi (2025), avec Nadia Melitti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Mélissa Guers. 1h46.