La Guerre des prix

C’est sans doute l’une des différences les plus flagrantes entre les cinématographies d’Europe et ce qui se pratique à Hollywood : l’absence de frilosité de beaucoup de cinéastes d’ici quant aux sujets sociaux. A l’instar de Ken Loach (un modèle), nombreux sont ceux qui pensent que le choix d’un sujet
qui parle de notre quotidien et des dysfonctionnements de nos sociétés n’a rien de répulsif, et qu’au contraire notre capacité à nous investir et nous reconnaître dans ceux que nous voyons vivre à l’écran suffit à faire battre le cœur de certains films dont le pitch pourrait paraitre à priori un rien rébarbatif. La
Guerre des prix ne triche pas : l’enjeu du film est dans son titre, le film nous intéressant aux contradictions d’un système qui force les supermarchés à payer un minimum les produits agricoles qu’ils vont mettre en vente afin de caresser le consommateur tant qu’il est possible dans le sens du poil. Mais le paysan se retrouve dans ces conditions assez vite être le dindon de la farce. Le sujet est
passionnant, il serait sans doute à sa place dans les pages d’économie des journaux. Mais pour son premier film, Anthony Déchaux a choisi d’illustrer le thème à l’écran. Un film dossier, comme il y a des films romans, un film dossier qui traite du sujet avec une rigueur extrême. Mais qui ne laisse pas divaguer pour autant ne serait-ce qu’une seconde l’attention du spectateur. Parce que les grands principes ne sont jamais sortis de leur fourreau humain, et que toutes les situations sont d’abord portées par des êtres de chair et de sang, qui ne font jamais mystère de leurs défauts, de leurs contradictions. Le film ne cache rien des failles d’un système qui semble se mordre la queue, mais il le fait avec un profond respect pour les acteurs économiques que nous sommes. Plaidoyer
humaniste avant tout, La Guerre des prix n’est pas sans évoquer le travail de Stéphane Brizé dans sa « trilogie du travail », avec Vincent Lindon. Il est des comparaisons plus infamantes…
Yves Alion
Film français d’Anthony Déchaux (2026), avec Anna Girardot, Olivier Gourmet,
Julien Frison. 1h36.