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Le réalisateur Déni Oumar Pitsaev part avec sa caméra dans une vallée isolée de Géorgie où vit – seulement séparée de son pays natal par une montagne pourtant symboliquement infranchissable – une importante communauté tchétchène en exil. Il vient découvrir le terrain que lui a acheté sa mère – désireuse qu’il s’installe là-bas – et renouer avec ses origines.
C’est tout au moins le projet tel qu’il nous apparaît d’abord, dans des séquences documentaires assez classiques, où il rencontre des habitants qui lui parlent de leur région, de leurs coutumes et de leur vision du monde. Cette plongée dans une société extrêmement codifiée, mais pas muselée, est assez passionnante. On retiendra notamment une longue et touchante séquence de discussions entre femmes, qui évoquent leurs difficultés à trouver leur indépendance et à mener précisément la vie qu’elles entendent.
Peu à peu, hélas, le film bascule sur un tout autre propos, lorsque le cinéaste se met plus ouvertement en scène, face à son encombrante famille qui veut à tout prix le marier (sans voir le secret de polichinelle qu’il refuse de dévoiler), puis face à ses parents eux-mêmes : sa mère d’abord, qui cherche à l’ancrer malgré lui dans des traditions qui lui sont étrangères, puis son père, avec lequel il a visiblement des comptes à régler. Le spectateur se demande alors un peu pourquoi il se retrouve lui-même pris dans ce qui ressemble fort à un traquenard, dans lequel un fils tente en vain de confronter son père pour résoudre un indicible traumatisme d’enfance.
Sans doute était-ce important pour le réalisateur, mais la présence de la caméra rend la situation particulièrement gênante, entre voyeurisme appuyé et mise en scène malsaine, rendant le dialogue plus impossible encore qu’il ne l’aurait sans doute été dans l’intimité, et instrumentalisant étrangement sa démarche artistique.
Marie-Pauline Mollaret
Film documentaire français de Déni Oumar Pitsaev (2025). 1h48.