Dis pas de bêtises

Témoin concerné d’un monde qui ne tourne pas toujours bien rond, Vincent Glenn a signé un paquet de films documentaires, souvent liés à un combat politique ou sociétal. Il fait cette fois-ci un pas de côté (encore que…) pour nous montrer son père, un certain Pierre William-Glenn. Qui reste l’un des grands directeurs de la photo de l’Histoire du cinéma : Pialat, Tavernier, Lelouch, Miller (et tant d’autres) ont eu recours à ses talents. Mais Dis pas de bêtise n’est pas un essai universitaire (et hagiographique), davantage un portrait in situ, un journal intime, le témoignage des retrouvailles parfois tendues, parfois émouvantes, toujours pétillantes entre un père et son fils, alors que le premier vit ses derniers moments et que l’un et l’autre le savent pertinemment.
Un film à deux voix en quelque sorte, où l’intime et la grande Histoire (du moins celle du cinéma) se chevauchent. Le film ne cache rien des bisbilles qui ont pu un temps séparer les deux hommes, du caractère entier (pour ne pas dire davantage) du directeur de la photo, ni même de sa déchéance physique. Mais notre homme ne perd jamais de sa superbe, même au fond de sa chambre de l’EHPAD, et sa silhouette de cowboy (son Stetson vissé sur la tête) et biker, égaré dans un monde qui n’est plus le sien restera dans nos mémoires. Le film est ponctué de témoignages. Emanant notamment de sa sœur, Annie, qui a également (ce qui n’est pas rien) été l’épouse (et la productrice) du grand Claude Miller. Et qui revient sur leur enfance, rejetons d’une mère métisse dont le père était un musicien américain…
Un destin qui mériterait sans doute un autre film. De fiction, avec un gros budget…
Yves Alion
Film documentaire français de Vincent Glenn, avec Pierre-William Glenn, Vincent Glenn, Annie Miller, Luc Béraud. 1h21.