Coutures

Quatre fragments de vie – une réalisatrice de film d’horreur chargée de la direction artistique d’un défilé de mode, une mannequin sud-soudanaise engagée pour ouvrir ledit défilé, la coutière de la robe et la maquilleuse dédiée, convergent vers un évènement où s’exprime une certaine idée de la mode. Si, sur le plan symbolique, le film brille par sa dialectique révélation/destruction, avec le milieu de la mode montré comme détruisant les corps qu’il prétend mettre en valeur par les parures textile, la destruction est ici représentée ici sous les traits mystérieux d’un cancer insaisissable et terrifiant. Mais la mise en scène d’Alice Winocour et – surtout – son scénario peinent à convaincre totalement car la réalisatrice ne tire pas toutes les conséquences de son propre procédé. Le seul point de convergence, que ce soit visuel ou scénaristique, est le défilé de mode en question, et dans une perspective rhizome on aurait souhaité que les histoires s’interconnectent différemment, qu’elles forment des réseaux et s’influencent l’une l’autre. Ce défaut mis à part, le film est d’une beauté plastique époustouflante et le jeu des actrices n’est pas simplement sensible, il participe à l’écriture du film et fait entrer dans le corps du spectateur les angoisses qu’elles vivent, angoisses liées à la façon dont le milieu de la mode s’approprie leurs corps.
Carl Arnaud
Film français d’Alice Winocour (2025). Avec Angelina Jolie, Ella Rumpf, Anyier Anei, Louis Garrel. 1h47.