Allah n’est pas obligé

Adapté du roman d’Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé, prix Renaudot et Goncourt des lycéens en 2000, le premier long métrage de Zaven Najjar en conserve la dimension extrêmement orale. C’est donc accompagné de la voix du personnage principal, Birahima, jeune garçon ivoirien devenu soldat pour survivre, que l’on plonge dans les conflits armés d’Afrique de l’Ouest, du Liberia à la Sierra Leone. Cela permet au film de jouer à la fois la carte d’une certaine naïveté – l’enfant racontant les événements à sa hauteur, et dans une langue particulièrement fleurie – et d’une crudité sans filtre face
aux horreurs de la guerre et à l’hypocrisie criminelle des grands dirigeants de tous bords, principaux responsables des massacres en cours. Cette tonalité décalée, alliée à l’esthétique tranchée de l’image, qui s’appuie sur une gamme chromatique très colorée, de l’ocre des routes aux camaïeux de vert de la végétation, offre une distanciation nécessaire pour appréhender le parcours aussi initiatique qu’horrifique de Birahima et de ses compagnons d’infortune. Les réalités concrètes de la condition d’enfant-soldat, contraint de grandir trop vite, la déshumanisation à l’œuvre, et la perte de sens brutale
apparaissent en filigrane dans son regard douloureux cadré en très gros plan comme dans ses fanfaronnades de façade. Car face aux atrocités qui jalonnent sa route, l’enfant garde curiosité et espoir, mû par la nécessité de s’en sortir, et porté par une soif de vivre qui n’en est que décuplée.
Marie-Pauline Mollaret
Film d’animation français de Zaven Najjar (2025), avec les voix de SK07, Thomas Ngijol, Naky Sy Savané. 1h17