Révélé par le Teddy Award obtenu lors de la Berlinale 2020 pour Si c’était de l’amour, le cinéaste autrichien installé à Paris Patric Chiha signe son troisième documentaire après une adaptation remarquable de La Bête dans la jungle (2023). Témoignage humain très humain sur un groupe de jeunes exilés russes contraints de vivre en autarcie, faute de se faire accepter dans leur pays d’adoption où ils suscitent la méfiance et un certain rejet. Le film débute par des images de propagande stylisées : défilé de véhicules militaires et de drapeaux frappés du mot “Victoire”. Un jeune homme, ancien membre d’un groupe de musique punk, confie son statut d’errant privé d’avenir. Une jeune femme est cramponnée à son portable pour grappiller des nouvelles des siens. Ils se définissent comme pacifistes et trouvent cette guerre absurde. Bien décidés à fuir et à se retrouver en Turquie, ils vivent pour la plupart en France et communiquent en visio avec ceux qui n’ont pas obtenu de visa. Tous restent cloîtrés, pour la plupart près de la station Front Populaire et se promènent dans le quartier de la porte de Bagnolet. Ils aimeraient rentrer en Russie sans plus avoir peur. Deux femmes ukrainiennes ont même félicité l’une d’elles pour son courage qu’elle met sur le compte de la peur et de la honte. Elle finira par se rendre à Istanbul afin de vider les consignes où elle a entreposé ses biens. Toute une vie rassemblée dans quelques casiers qui font couler ses larmes trop longtemps retenues. Portrait saisissant d’une jeunesse perdue filmée avec une empathie communicative qui rend ce film essentiel.
Jean-Philippe Guerand
Film documentaire français de Patric Chiha (2026) 1h26.