l'avant scène cinéma

Her Private Hell 

Nicolas Winding Refn a depuis longtemps rompu avec les conventions d’une narration linéaire traditionnelle, pour passer avec son spectateur un pacte qui repose moins sur une idée de sens ou de récit que sur une proposition ludique d’exploration (voire de détournement) des formes et des conventions cinématographiques. Dans cet esprit, Her Private Hell marque à la fois son retour attendu au cinéma dix ans après The Neon Demon (et après 3 séries pour la télévision) et une nouvelle étape dans ses recherches. On a le sentiment, à la vision du film, qu’il a choisi de mêler des motifs extrêmement référencés (qui empruntent au giallo, au film noir, à la série B…) à une approche qui relève parfois du cinéma expérimental le plus formaliste. 

Il naît de cette hybridation un récit aussi brumeux dans ses rouages que dans son atmosphère, dans lequel une jeune femme cherche son père et croise un homme qui, lui, cherche sa fille, tandis qu’une présence horrifique rôde. Une intrigue presque subliminale qui sert de prétexte à une succession de tableaux ultra composés où le gigantisme des décors le dispute au lyrisme de la bande originale. Les curseurs sont sans cesse poussés au maximum : la violence est stylisée, esthétisante et crue, le sexe est halluciné, les dialogues sont théâtraux. Le réalisateur sur-stimule les sens et force les émotions, jusqu’à nous saturer d’images, de sons, de couleurs et de lumières. Il y a dans son film quelque chose de l’ordre du rouleau compresseur de sensations qui s’avère à la fois étourdissant et virtuose, presque impossible à appréhender à la première vision, et en même temps d’une vitalité aussi folle qu’enthousiasmante. 

Marie-Pauline Mollaret

Film dano-américain de Nicolas Winding Refn (2026), avec Sophie Thatcher, Charles Melton, Havana Rose Liu. 1h50. 

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