l'avant scène cinéma

Fjord

Après Coppola, August, Kusturica, Imamura, les Dardenne, Haneke, Loach et Ostlund, c’est au tour de Cristian Mungiu de décrocher une seconde Palme d’or cette année à Cannes. Que nous jugeons amplement méritée… Fjord raconte l’histoire d’une famille roumaine immigrée en Norvège, qui peu à peu va se mettre à dos une partie de la population locale, qui se veut pourtant ouverte… Mais les autochtones ne voient pas d’un bon œil l’engagement évangéliste de leurs nouveaux voisins, dont la fille ainée porte par ailleurs des ecchymoses qui laissent croire à de mauvais traitements. Les services sociaux interviennent et placent les cinq enfants des suspects dans des familles d’accueil. D’aucuns ont reproché à Mungiu de ne pas prendre position et de ne rien dire de la réalité des accusations portées contre ces étranges étrangers. Qu’il nous soit permis de penser que c’est au contraire la force du film de se complaire dans le non-dit et de distiller le doute. Il n’y a pas de bons et de méchants, simplement des croyances antagonistes. On pourra trouver le zèle des services sociaux un rien déplacé, comme cela avait été le cas dans le superbe Ladybird, ladybird de Ken Laoch. Mais il suffirait d’une scène (que le film ne produit pas) pour que nous changions d’avis… Mungiu ne tranche pas, mais il se montre une nouvelle fois le témoin attentif des grincements d’une société qui n’a pas fini de se chercher. Et qui peut-être finira par se trouver : c’est le sens de l’amitié sincère de la jeune roumaine pour la fille des voisins. Une touche d’espoir, soulignée par un épilogue surprenant… dont nous ne dirons rien.

Yves Alion

Film roumanofranconorvégodanosuédois de Cristian Mungiu (2026), avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Ellen Dorrit Petersen. 2h26. 

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