L’étrange affiche de Sur la route d’Omaha expose une malheureuse critique qui présente le film comme une « odyssée »… Au-delà la compétition injuste précipitée par cette comparaison avec la sortie événement de l’été (au moins), cette affirmation est aussi un contre sens total, puisque le récit conte rigoureusement l’inverse. Ses protagonistes s’arrachent de leur foyer pour aller de déracinement en déracinement, sans aucun espoir de retour. Ce premier long métrage est avant tout typique d’un certain cinéma indépendant américain, et en maitrise les codes, les images, parfois avec un peu trop de zèle : morceaux de réel, traversés de ruines d’une Amérique à la dérive, ambiance étirée et cotonneuse. Tous ces éléments peuvent être familiers des habitués de Sundance, lieu où démarra en effet la carrière de l’œuvre. Mais heureusement, quelque chose d’autre se joue derrière ces passages obligés. En contant la fuite d’un père et de ses deux enfants dans une détresse financière étouffante, le cinéaste, Cole Webley, a l’intelligence de se situer davantage à hauteur d’enfant, et de capter ainsi, à l’instar du désormais presque mythique Aftersun, un désespoir adulte à travers le prisme de l’innocence, avant que ce désespoir ne vienne finalement éclabousser, presque par surprise, les deux jeunes êtres. Sur la Route d’Omaha devient alors le portrait d’une détresse absolue, qui s’aggrave justement par la volonté du père de la contenir, de l’étouffer, jusqu’à ce que le masque tombe devant les enfants abasourdis. Les tropes du cinéma indépendant américain, leurs flirts presque permanents avec le paradis perdu, prennent ici un sens et une cohérence qui font le prix de ce film fragile.
Pierre-Simon Gutman
Omaha. Film américain de Cole Webley (2025), avec John Magaro, Molly Belle Wright, Wyatt Solis. 1h23.