l'avant scène cinéma

Le Passage

Il y a des films qui n’ont pas besoin de longs discours pour faire passer leur message. Des films qui préfèrent faire ressentir plutôt que démontrer, et dont la force naît de l’expérience qu’ils proposent au spectateur. Le Passage appartient à cette catégorie. Sans jamais céder à la démonstration, il nous plonge dans le quotidien de celles et ceux qui quittent leur pays pour tenter de survivre. Le regard porté sur l’exil est avant tout humain, laissant l’émotion émerger naturellement des situations vécues. En 2015, alors que la guerre ravage Alep, plusieurs destins se croisent. Une médecin contrainte de fuir avec sa fille, un soldat, un poète, un passeur et un capitaine des garde-côtes grecs voient leurs trajectoires s’entremêler dans un même combat pour la survie. Construite en chapitres, la narration adopte successivement le point de vue de chacun avant que leurs histoires ne finissent par se rejoindre, dessinant une fresque où chaque parcours éclaire le suivant. La réussite du film tient avant tout à son pouvoir immersif. La caméra accompagne les personnages au plus près, partageant leur souffle, leurs hésitations et leurs angoisses. Les bombardements qui frappent Alep ne sont pas filmés comme un spectacle mais comme une réalité brute, plongeant le spectateur dans le chaos qui pousse ces familles à fuir. La musique accompagne cette traversée tissant un lien entre chaque chapitre. Peu à peu, le spectateur cesse d’observer ces personnages mais avance avec eux, ressentant leur peur, leurs espoirs et leurs pertes. Cette justesse repose également sur l’interprétation. Yasmine Al Massri impressionne par son incarnation d’Amira, médecin dont la détermination n’efface jamais les failles. Son jeu tout en retenue traduit aussi bien l’épuisement que la force de continuer, faisant d’elle le véritable cœur émotionnel du récit. Face à elle, Omar Sy surprend dans un registre beaucoup plus sombre qu’à l’accoutumée. Loin des personnages chaleureux auxquels il a souvent été associé, il compose un passeur ambigu, marqué par les contradictions et les compromis imposés par la guerre.  En refusant de transformer l’exil en démonstration politique, Le Passage trouve finalement une force plus universelle. Il ne cherche pas à convaincre le spectateur par un discours, mais à lui faire partager une expérience. Derrière les débats, les statistiques et les images d’actualité, il redonne un visage, une histoire et une dignité à celles et ceux que l’on résume trop souvent au terme de « migrants ». Une approche profondément humaine qui continue de résonner bien après la dernière image.

Myriam Burloux

I was a stranger un film de Brandt Andersen. Avec Yasmine Al Massri, Yahya Mahauni, Omar Sy. 1h43

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