Film après film (alors que son rythme créatif est plutôt soutenu), il apparaît évident que Stéphane Demoustier est l’un des cinéastes les plus intéressants de la période, doublé ce qui n’est pas le cas pour tous, d’un auteur à part entière, dont les grandes lignes narratives et stylistiques commencent à tracer une trame fascinante. Où l’adolescence occupe une place à part, car définitivement cet âge-clé qui fascine, un âge de tous les possibles, de toutes les transitions, de tous les mystères. Et c’est cette opacité qui interroge. Comme dans Terre battue, son premier film, où un jeune prodige du tennis se damnait à devoir renoncer à tout, suite à un geste inconsidéré, comme dans Borgo, où une jeune gardienne de prison acceptait de prêter main forte à des criminels pour des raisons qu’elle-même devait ignorer, et bien sûr comme dans La Fille au bracelet, où une ado était accusée d’avoir tué sa meilleure amie sans que l’on finisse par savoir si elle était coupable ou pas, le geste incompréhensible (dont nous ne dirons rien de plus) du personnage central de La Chaleur est porté par quelque chose qui reste mystérieux. Il s’en faudrait de peu pour que l’ado de Demoustier devienne, la plage et le soleil aidant, comme la préfiguration de L’Etranger de Camus (et Ozon). Le film est de fait un drôle d’objet. Qui nous accueille dans le cadre d’un camping sur les bords de la côte atlantique pour nous entraîner très vite vers autre chose de presque métaphysique. Pour qui n’aurait pas vu les films précédents de Demoustier, La Chaleur est une promesse de film de vacances, mais qui se transforme peu à peu en un hommage contemporain à Dostoïevski. En ces temps de perte de repères… et de chaleurs inédites, c’est en tous cas un film qui tombe particulièrement à pic…