l'avant scène cinéma

The Criminals

Une bombe non explosée est découverte sur un chantier de l’hypercentre de Londres. La zone est évacuée et les démineurs interviennent pour désamorcer l’engin en déployant des trésors de prudence. Simultanément, profitant de ce détournement d’attention opportun, des cambrioleurs s’introduisent dans une cave d’où ils accèdent à la salle des coffres de la banque mitoyenne avant d’exfiltrer leur butin par les toits à l’aide de drones de livraison. S’ensuit alors une chasse à l’homme qui vire à la fantasia chez les ploucs. Devenu discrètement l’un des plus habiles metteurs en scène d’un cinéma britannique en pleine décadence, David Mackenzie trouve ici matière à démontrer ses qualités d’entertainer émérite sur une partition conçue comme une mécanique de précision autour d’un thème qui a beaucoup servi : le film de casse. La première partie décrit minutieusement les efforts déployés par les monte-en-l’air pour faire diversion pendant qu’ils commettent un forfait d’une incroyable audace en toute impunité. C’est là que le réalisateur démontre sa virtuosité de la façon la plus spectaculaire. La suite est plus traditionnelle mais permet de se familiariser avec ces cambrioleurs dont le coup de maître attire les convoitises et révèle une guerre de gangs dominée par des rivalités ethniques où tous les coups semblent permis. On se retrouve là sur un registre exploité à l’orée du troisième millénaire avec une roublardise assumée par Danny Boyle et Guy Ritchie, notamment dans Snatch : Tu braques ou tu raques (2000). Ce thriller très réussi multiplie les leurres et les rebondissements avec une grande efficacité, sans s’appesantir outre mesure sur la psychologie de ses protagonistes dont le seul mobile apparent est une place au soleil. Le talent de David Mackenzie consiste à aller de l’avant sans se retourner en s’accrochant à un scénario qui ne s’embarrasse pas de scènes de remplissage et se concentre sur le développement de son intrigue criminelle. The Criminals renoue plus modestement avec une longue tradition du cinéma britannique qui va de L’or se barre (1969) à Gambit : Arnaque à l’anglaise(2012) en passant par Braquage à l’anglaise (2008). C’est avant tout un spectacle qui n’a d’autre objectif que de faire passer un bon moment sans chercher midi à quatorze heures. On peut toutefois regretter que le réalisateur de My Name Is Hallam Foe (2008) et Les Poings contre les murs (2012) soit rentré dans le rang des techniciens accomplis au lieu de mettre son talent au service de sujets plus ambitieux. Reste que moins de six mois après L’Intermédiaire, il confirme son goût pour le travail bien fait. Il ne lui reste plus qu’à trouver des sujets qui lui conviennent et ne se contentent pas d’être de simples exercices de style, aussi accomplis puissent-ils être.

Jean-Philippe Guerand

Fuze. Film britannique de David Mackenzie (2025), avec Aaron Taylor-Johnson, Theo James, Gugu Mbatha-Raw, Sam Worthington 1h37.

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