l'avant scène cinéma

Cinque Secondi

Paolo Virzì revient ici avec un film plus intimiste, centré sur Adriano, un avocat retiré dans un domaine isolé, dont la vie semble suspendue. En ville, un procès se déroule autour de la mort de sa fille, laissant planer le doute sur sa propre culpabilité. À distance du monde, il s’enferme dans une existence en retrait, jusqu’à l’arrivée d’un groupe de jeunes qui investissent les terres laissées à l’abandon pour relancer les vignes et produire un vin artisanal. D’abord hostile, presque fermé à toute intrusion, Adriano se laisse peu à peu entraîner par leur énergie. Un lien fragile se tisse, jusqu’à ce qu’il prenne leur défense lorsque leur occupation du domaine les mène au poste de police. Comme son titre l’indique, sans que le spectateur n’en saisisse immédiatement la portée, Cinque secondi se construit autour d’un basculement. Cinq secondes qui font vaciller une vie, et autour desquelles se cristallise une culpabilité diffuse, jamais tout à fait claire. Virzì ne cherche pas à trancher. Il laisse au contraire le spectateur face à une zone trouble, où la responsabilité se mêle à l’irréversible, et où une question persiste : qu’aurions-nous fait à sa place ? Adriano se retire du monde, et le film suit sa trajectoire intérieure. Il s’isole, se ferme aux autres, tandis que le cadre et le rythme soulignent cet état : plans qui enferment ou, au contraire, s’élargissent jusqu’à perdre les repères, temporalité étirée, presque suspendue. En symbiose avec sa douleur, il ne peut nouer aucun lien ni se projeter dans un quelconque avenir. L’arrivée du groupe vient lentement fissurer cet équilibre. D’abord réfractaire, Adriano s’oppose, fuit, puis se laisse peu à peu atteindre, notamment par la présence de Mathilde, jeune femme au caractère affirmé. À son contact, quelque chose change. Mais cette évolution ne relève pas d’une rédemption au sens classique : elle n’efface ni la faute ni la culpabilité. Elle esquisse plutôt la possibilité d’un retour au monde, fragile et incertain, où assumer ses actes devient une manière de ne plus s’y soustraire. Dans cet espace fragile, rien ne s’efface vraiment. Mais quelque chose bouge, imperceptiblement, comme si continuer à vivre consistait simplement à apprendre à porter ce qui reste.

Myriam Burloux

Film italien de Paolo Virzì (2026), avec Valerio Mastandrea, Galatea Bellugi, Vaeria Bruni Tedeschi, Ilaria Spada. 1h45. 

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