A un détail près, Truly Naked se présente comme un récit assez classique d’apprentissage sentimental. Le personnage central est un adolescent encore au collège, en proie à une certaine défiance vis-à-vis d’un monde qu’il juge hostile, qui entretient une relation compliquée mais pleine de promesse avec une camarade de classe, qui elle aussi trahit quelques stigmates de fragilité. A un détail près, nous sommes en terrain connu et prêts à laisser se dérouler le récit confortablement calé dans notre fauteuil. Le problème est que le détail en question n’en est pas un : le passe-temps premier de notre ado en goguette est de filmer (à sa demande) son père en plein exercice professionnel. Il est acteur de porno ! Aujourd’hui, le « cinéma pour adulte » a mué, il se retrouve en grande partie sur une multitude de sites internet, et c’est l’un de ces sites que le père et le fils tentent de faire vivre. En pratiquant une incroyable fuite en avant. Le film s’ouvre sur une scène qui pourrait être issue de Goldfinger (la fille est recouverte d’une fine couche de peinture dorée) si elle ne proposait pas des ébats non simulés. Et se referme (ou presque) dans une incroyable séquence porno dans laquelle on fait intervenir… une pieuvre ! Dès lors le film prend une épaisseur inédite. La quête amoureuse se doublant de la nécessité de se défaire d’un père toxique – mais attachant). Et de retrouver un semblant d’organisation harmonieuse où les notions de sentiment, de désir et de sexualité pourront trouver une place plus… habituelle.
Yves Alion
Film belgo-franco-néerlandais de Muriel d’Ansembourg (2026), avec Caolan O’Gorman, Andrew Howard, Alessa Savage. 1h42.