Trois hommes accomplissent une tournée des bars à travers la Vénétie qui arbore tous les signes extérieurs de la virée d’apprentissage. Les deux aînés sont des soulographes quinquagénaires endurcis, leur cadet est un étudiant en architecture influençable qui manque autant d’assurance que de certitudes. Ce trio évoque à un demi-siècle de distance le tandem formé par Vittorio Gassman et Alessandro Momo dans Parfum de femme de Dino Risi, mais aussi le duo formé par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo dans la nuit d’ivresse d’Un singe en hiver d’Henri Verneuil. Dans la meilleure tradition du genre, la répartition des rôles assigne aux uns le rôle de mentors et à l’autre celui de modérateur. À ne pas confondre avec l’adaptation homonyme du récit d’Hervé Chabalier sur sa dépendance à l’alcool, Le Dernier pour la route prend plutôt l’allure d’une errance initiatique où deux représentants d’une génération passée se trouvent confrontés à un jeune homme sur lequel ils projettent leurs illusions perdues, alors que celui-ci incarne autant la nostalgie que l’espoir du seuil de la vie. Présenté dans le cadre d’Un certain regard l’an dernier, le deuxième long métrage de Francesco Sossai s’impose par sa délicatesse psychologique et une mélancolie communicative. C’est autant un constat désenchanté qu’un message d’espoir. Le passage de relais touchant de deux éclopés de la vie qui ne se lamentent jamais sur eux-mêmes et mettent leur expérience au service de leur protégé qui n’a probablement pas grand-chose de commun avec ceux qu’ils ont été, sinon cet âge des possibles que représente la jeunesse.
Jean-Philippe Guerand
Le Città di Pianura Film italo-allemand de Francesco Sossai (2025), avec Filippo Scotti, Sergio Romano, Pierpaolo Capovilla, Roberto Citran. 1h40.