l'avant scène cinéma

Ceux qui comptent 

La comédie sentimentale est l’un des genres le plus balisés qui soient. Les tourtereaux passent généralement le plus clair de leur temps en commun à se jauger, s’approcher, se disputer et tenter de trouver un terrain d’entente en aplanissant leurs différences, jusqu’à un dénouement presque toujours positif. Ceux qui comptent emprunte une autre voie en jouant sur une rupture de ton plutôt radicale. Rose élève ses trois enfants comme elle peut, mais ne révèle rien de ses difficultés qu’elle ne considère que comme temporaires. Jean est un pilote de l’air solitaire et plutôt renfermé, désabusé mais pas vraiment aigri. Cette équation a priori insoluble, Jean-Baptiste Leonetti la résout à travers l’alchimie inattendue de ses deux interprètes principaux. Sandrine Kiberlain y revient à un ton qui lui a souvent réussi, la légèreté, tandis que Pierre Lottin s’extrait de la zone de confort dans laquelle l’ont enfermé trop de personnages proches les uns des autres. Ici, l’intrigue soumet l’acteur à rude épreuve et lui permet de s’aventurer dans des zones inattendues. Au-delà de la romance qui lui tient lieu de prétexte, l’intrigue joue sur des ruptures de ton radicales dont la vraisemblance doit beaucoup à la personnalité des interprètes et au traitement psychologique de leurs personnages, plus développé qu’il n’est habituellement d’usage sur ce registre. La personnalité du réalisateur auquel son premier film, Carré blanc, couronné du prix du film singulier dont l’appellation décrit assez justement son talent, a valu d’être repéré par Michael Douglas, n’y est évidemment pas étrangère.

Jean-Philippe Guerand

Film français de Jean-Baptiste Leonetti (2025), avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labeque. 1h39.

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