La Danse des renards

La boxe, le corps des athlètes, le ring : un sujet de fascination pour le cinéma depuis des décennies, de Gentleman Jim à Creed. En s’y installant pour son premier long métrage, Valery Carnoy rejoint un monde qu’il a bien connu dans sa jeunesse. Mais cette piste autobiographique, même si elle est séduisante, voire pratique, passe trop commodément à côté des qualités de son film, en la réduisant à un vécu qui ne prend pas en compte sa dimension romanesque universelle. En contant en effet l’histoire d’un jeune champion qui, à la suite d’un accident, est pris par une sorte de nervosité mêlée de peur le rendant inapte au combat, Carnoy s’engouffre dans un autre genre, encore plus vaste que celui de la boxe : le récit initiatique. Son héros, fiévreusement interprété par Samuel Kircher, est ainsi travaillé par des tourments physiques et psychologiques qui sont aussi ceux de la nécessaire transition. Son corps lui échappe, et la réalisation parvient à faire ressentir cette panique, à la fois spécifique et finalement commune, où le mental (influencé par une peur qui peut-être aussi celle de la vie, celle de l’âge adulte) ne parvient plus à contrôler des changements ingérables en soi. La Danse des renards pose également un autre thème, plus concret et touchant encore, celui de l’identité. Qui est-on lorsque ce qui vous a défini depuis un jeune âge (être un battant, un champion) vous échappe
subitement ? Kircher, dans ses hésitations mais aussi dans sa nécessite d’apprendre à être afin de, finalement, se retrouver, devient alors un miroir d’angoisses ou de problèmes que chacun a pu traverser, ce devenir adulte qui passe par des questions aux réponses presque impossibles et que le protagoniste est ici forcé d’affronter. La boxe demeure donc un objet de fascination cinématographique, mais La Danse des renards se révèle surtout comme un roman du passage, celui que l’on a tous connu, champion ou pas.
Pierre-Simon Gutman
Film franco-belge de Valery Carnoy (2025), avec Samuel Kircher, Faycal
Anaflous, Jef Cuppens. 1h34.