deux femmes et quelques hommes

Avec Deux femmes et quelques hommes, la réalisatrice québécoise Chloé Robichaud revisite un classique de la comédie érotique québécoise, Deux femmes en or, en le regardant à travers le filtre de la satire contemporaine des relations de couple. Le film suit deux voisines, Florence et Violette, dont les existences semblent doucement s’enliser dans la routine conjugale. Violette, jeune mère d’une petite fille voit son désir s’éroder et son mari la tromper avec une collègue de bureau. Florence, sous anti-dépresseur n’a plus de vie sexuelle depuis longtemps sans que cela ne semble gêner son mari. Entre désirs en sommeil et frustrations diffuses, leur rencontre agit comme un révélateur : et si la solution consistait simplement à reprendre la main sur leur vie intime ?
Plutôt que de chercher la provocation frontale, Chloé Robichaud choisit un ton décalé et pince-sans-rire. Les situations flirtent souvent avec l’absurde, les dialogues cultivent une ironie sèche, et les hommes qui gravitent autour des deux héroïnes apparaissent volontiers dépassés et maladroits face à ce désir féminin qui s’affirme sans détour. Le film s’inscrit ainsi dans une veine de comédie féministe légère, attentive aux contradictions contemporaines du couple et à la difficulté de concilier désir, maternité et équilibre social.
La mise en scène, sobre et volontairement simple, permet à ce comique de décalage de déployer toute sa force. Entre intérieurs domestiques et décors banals, le film fait surgir l’absurde dans le quotidien. Il tire ainsi une grande partie de son humour de situations volontairement inconfortables : discussions crues entre voisines dans une cuisine ordinaire, confessions intimes qui surgissent au milieu de conversations anodines…
En déplaçant la comédie érotique des années 1970 vers une chronique du quotidien conjugal, Robichaud signe une comédie douce-amère qui préfère l’acuité du regard à la surenchère du scandale.
Myriam Burloux
Film canadien de Chloé Robichaud (2025), avec Karine Gonthier-Hyndman, Laurence Leboeuf, Mani Soleymanlou, Félix Moati. 1h40.