Orphelin

Le premier film de László Nemes, Le Fils de Saul, fut en 2015 un très grand événement. L’entreprise formelle elle-même, le point de vue du personnage principal limité par l’atrocité de sa situation, puisqu’il appartient aux Sonderkommando d’Auschwitz, expliquait la portée exceptionnelle du travail de Nemes. L’Avant-Scène Cinéma lui avait consacré un numéro entier en mars 2018. Avec Sunset, son deuxième film, il maintenait une mise en scène très sophistiquée pour interroger l’histoire de son pays, la Hongrie, revenant aux derniers instants de l’empire des Habsbourg, mais son propos était moins
convaincant, plus superficiel. La vision d’Orphelin amène aux mêmes réserves. Très grande exigence formelle, décors complexes, insistance sur le point de vue partiel du personnage principal. Un enfant perdu de l’après seconde guerre mondiale, perdu dans une grande ville, Budapest, perdu dans des mensonges familiaux, politiques. Et là encore le pari formel devient trop apparent, aux dépens de la narration. Les scènes finales de la fête foraine, par exemple, malgré le soin apporté aux cadres, aux décors, sont un recours à une convention du cinéma (Murnau, Vidor, Borzage, Carol Reed). Cette pratique de la citation est émouvante, parce que Nemes est profondément fidèle à l’histoire de
son art, comme il ne cesse d’interroger l’histoire du XXè siècle. On attend d’autant plus qu’il revienne à la subtilité bouleversante de son premier geste cinématographique.
René Marx
Árva. Film franco-anglo-germano-hongrois de László Nemes (2025), avec Bojtorján Barabás, Grégory Gadebois, Andrea Waskovics. 2h12.