Urchin

Urchin est le premier long métrage de Harris Dickinson. Inscrit dans un cinéma social britannique exigeant, le film ne cherche jamais à ménager le spectateur. Il suit Mike, jeune homme isolé vivant dans la rue, dont le quotidien se résume à une succession de gestes mécaniques et de rares moments de répit, dans une lutte constante pour survivre jusqu’au lendemain. Lorsque Mike dérape et se retrouve
en prison, le récit semble ouvrir la possibilité d’une rédemption. À sa sortie, une aide se met en place, un travail lui est proposé. Mais Dickinson refuse toute illusion. La mise en scène adopte une approche frontale et épurée. La caméra reste très proche des corps, souvent à hauteur d’homme, épousant la fatigue et la tension de Mike. La lumière naturelle et la texture presque documentaire ancrent le film dans un réel rugueux. Londres y apparaît comme une ville froide, grise, indifférente, qui écrase plus qu’elle n’accueille. La bande-son privilégie les sons urbains, circulation, bruits de pas, respirations, reléguant la musique à l’arrière-plan. Le jeu de Frank Dillane, d’une extrême retenue, impressionne par
sa justesse. Il incarne un personnage marginal constamment sur le fil, au bord du craquage, luttant sans relâche contre le monde autant que contre lui-même. Loin d’un récit édifiant, Urchin montre combien la stabilité demeure fragile, précaire, et combien la rechute reste toujours tapie en arrière-plan. Le film dessine ainsi le portrait d’un homme prisonnier d’un cycle dont il peine à s’extraire.
Myriam Burloux
Film britannique de Harry Dickinson (2025), avec Franck Dillane, Megan Northam, Karyna Khymchuk. 1h39.