l'avant scène cinéma

Les Echos du passé

Les Echos du passé

Pour son deuxième long métrage, Mascha Schilinski étouffe ses personnages dans des plans resserrés autour de leurs visages, des scènes filmées à travers une ouverture réduite, des surcadrages qui les figent dans des couloirs ou des embrasures de portes. Les vivants honorent les morts, en attendant de les rejoindre, et s’engluent dans une apathie morbide. Le récit, qui suit quatre générations de jeunes filles se succédant dans la même ferme du Nord de l’Allemagne, n’est guère moins oppressant : domination masculine, exploitation de classe, rigorisme patriarcal… les violences (principalement faites aux femmes et aux enfants) semblent se reproduire en boucle à l’écran, d’une époque à l’autre.


Pour accentuer cet effet, la réalisatrice propose une narration non linéaire qui rend les temporalités poreuses, et fait sans cesse se superposer et se répondre les situations et les émotions des héroïnes. Choisissant la voie d’un cinéma sensoriel qui rejette toute forme de misérabilisme naturaliste, elle travaille par bribes, par fragments esquissés, par associations d’idées, imitant les méandres de l’esprit autant que celles de la mémoire. Le spectateur se trouve ainsi pris dans la subjectivité diffuse de ses protagonistes, qui livrent leurs pensées à travers d’intenses monologues intérieurs. Pourtant, elles ne mettent pas de mots sur leurs propres douleurs, comme s’il n’en existait pas de dicible. Un silence
d’une violence à peine soutenable, qui renvoie à des siècles de coercition et de non-dits imposés par la force et la reproduction sociale.


Marie-Pauline Mollaret
In die Sonne schauen. Film allemand de Mascha Schillinski (2025), avec Luise Heyer, Lena Urzendowsky, Claudia Geisler-Bading. 2h29.

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