Magellan

Côté explorateurs, le cinéma a essentiellement célébré les exploits de Marco Polo et de Christophe Colomb. Le cinéaste philippin Lav Diaz, réputé pour ses fresques somptueuses en noir et blanc couronnées dans les festivals internationaux, a choisi de s’attaquer à une figure moins connue, le navigateur portugais Fernand de Magellan, mort dans l’archipel indonésien des Moluques en essayant d’atteindre les Indes orientales. Cet épisode bien peu glorieux de la colonisation, le réalisateur le raconte du point de vue des autochtones qui voient débarquer ces envahisseurs et vont leur opposer… leurs coutumes ancestrales.
Rompant avec ses habitudes, non seulement Lav Diaz en confie le rôle principal à une star, l’acteur mexicain Gael García Bernal, d’une retenue exemplaire, mais il signe un film d’une durée nettement inférieure à ses habitudes, sans rompre pour autant avec son goût d’un rythme plutôt contemplatif. Ironie du sort, Magellan nourrit quelques connivences esthétiques avec un autre film consacré à la conquête de territoires envahis par les Européens, Le Nouveau Monde (2005) de Terrence Malick, tout en évoquant à certains moments le bruit et la fureur du Werner Herzog d’Aguirre, la colère de Dieu (1972) dans un massacre mis en scène comme une nature morte. La démarche même de ce film semble vouloir démentir cette assertion qui prétend que l’histoire est racontée par les vainqueurs. Peut-être tout simplement parce que cette anti-hagiographie ressemble à l’anatomie d’un fiasco.
Jean-Philippe Guerand
Magalhaes. Film hispano-portugo-philippin de Lav Diaz (2025), avec Gael García Bernal, Roger Alan Koza, Dario Yazbek. 2h36.