Lady Nazca

A Nazca, dans une partie désertique du Pérou, des figures géométriques ont été tracées dans le sable. Elles sont là depuis plus de mille ans… Le film est l’histoire d’une jeune femme allemande des années 30 (que la venue au pouvoir d’Hitler incite davantage encore à l’exil), une certaine Maria Reiche, qui en découvrant ces vestiges décide de faire de leur conservation (jusqu’alors très aléatoire) le combat de sa vie. Une histoire tellement incroyable qu’elle est vraie dans ses grandes lignes. Cela faisait des années que Damien Dorsaz rêvait d’en faire un film. Il est vrai que la trame n’est pas des plus communes et que les producteurs ne sont pas pressés au portillon. Et la quête du réalisateur s’est ainsi confondue avec celle de son héroïne… Mais au final, si le budget n’a pas été pharaonique, le film existe. Et il est beau, intrigant, qui semble atteindre tous ses objectifs.
D’abord parce que le dépaysement visuel est garanti et que le regard du metteur en scène sur les autochtones démunis est empreint de la même générosité que celle de la jeune archéologue. Le réalisateur aurait pu être tenté d’ajouter des effets de mise en scène, de jouer comme un fou sur les perspectives pour nous livrer un film mystérieux aux allures d’exercice de style. Il s’est est fort heureusement détourné pour nous offrir une œuvre à hauteur d’homme (même quand il est conduit à monter sur des échasses), qui ne retire rien aux mystères des civilisations passées, mais nous dit tout sur ce que peut être une passion poussée au paroxysme, une passion que d’aucun pourrait qualifier de folie… Maria rejoint ainsi le mathématicienne quand elle recouvre tous les murs de son appartement d’équations dans Le Théorème de Marguerite, ou dans un genre différent ce Fitzcarraldo qui n’a de cesse de faire franchir une montagne à un navire dans le film éponyme d’Herzog, et tant d’autres… Tous ceux qui ont un cœur immense que la raison ignore et qui donnent sans le chercher leurs lettres
de noblesse au genre humain…
Yves Alion
Film français de Damien Dorsaz (2026), avec Devrim Lingnau, Guillaume Gallienne, Olivia Ross. 1h39